Une forme de vie  d’Amélie Nothomb (  Albin Michel, 4 étoiles)

Nombreux sont ceux qui savent qu’Amélie Nothomb répond aux lettres de  ses  lecteurs.

«  Le fait que je réponde à mon courrier génère une profonde confusion, des interprétations erronées et contradictoires. La première est qu’il s’agit d’une forme de marketing que j’aurais mise au point. Les chiffres sont pourtant clairs : mes lecteurs se comptent par centaines de milliers, et même en écrivant des épîtres comme une forcenée que je suis, je n’ai jamais pu dépasser les 2 000 correspondants, ce qui est déjà démentiel. La deuxième est à l’opposé : je dirige un bureau de bonnes œuvres. Il n’est pas rare que je reçoive  des demandes d’argent pures et simples, non pas de fondations caritatives, mais de Monsieur ou Madame Tout-le-monde (…) «

Faisant partie  de ses correspondants réguliers depuis 14 ans, ce livre où elle règle  des comptes  avec un de ses correspondants résonnent curieusement. On y apprend sa façon de répartir ses lettres, certaines  vont directement à la poubelle, d’autres attirent vivement  son attention. Elle fait ensuite 3 tas : à gauche, ceux qu’elle a envie de lire, à droite, ceux qu’elle n’a pas envie de lire et au centre ceux qu’elle ne connaît pas !Je ne peux m'empêcher de me demander si je fais bien partie du tas de gauche !

La lecture du courrier devant rester un plaisir , elle exprime qu’elle en a  assez du droit d’ingérence que s’accordent certains lecteurs dans sa vie, ou même de certaines demandes farfelues comme celle de cette prof  de français qui lui demande de corriger ses copies, arguant  que ses élèves ont fait l’effort de la lire et qu’elle leur doit bien cela en retour !

Quelles sont les parts de la réalité  et de la fiction dans ce livre ?  Nul ne le sait, à part l’auteure, et cela n’a pas d’importance car comme elle l’écrit  un écrivain est aussi un mythomane.

«  Ce matin –là, je reçus une lettre d’un genre nouveau : ». C’est par cette phrase que s’ouvre ce roman  épistolaire constitué des  lettres de Mel Mapple et des réponses d’Amélie Nothomb, parmi lesquelles s’intercalent les réflexions de l’écrivain sur cette histoire, sur  ses relations avec les lecteurs, sur son quotidien  d’écrivain, ses voyages, quelques souvenirs…

Mel Mapple est un soldat américain, basé en Irak depuis 6 ans qui fait part à Amélie Nothomb de sa souffrance qu’elle serait la seule à pouvoir comprendre. Depuis son premier roman « Hygiène de l’assassin », Amélie a fait part de sa fascination pour le côté monstrueux et hors norme de certaines personnes   tel Prétextat Tach, mais aussi pour sa fascination de la beauté  pure comme celle de   sa supérieure Fubuki  dans « Stupeur et tremblement ». Mel a lu tous les romans d’Amélie et sait  que sa situation doit l’intéresser, car Mel  a pris 130 kilos  et souffre d’un syndrome répandu chez les soldats américains, celui de compenser sa souffrance par  « la bouffe » comme il dit. Amélie lui propose alors de  transformer sa maladie en œuvre d’art. Au fil  des lettres, on finit par se demander qui  a besoin de l’autre, qui existe à travers l’autre !

Amélie Nothomb  utilise une fois de plus son quotidien  pour  nourrir son œuvre littéraire. N’oublions par que les auteurs vivent grâce à leurs lecteurs et la relation qu’ils peuvent entretenir est parfois essentielle pour le devenir des uns comme des autres. Cela leur permet d’avoir « une forme de vie » !