monster_t3_1_Quand on m’a proposé de lire Monster de Naoki Urasawa, je ne savais pas que je m’embarquais dans une aventure qui s’étalerait sur 18 tomes. Pendant près de 2 ans, je suis allée chez mon libraire tous les deux mois pour chercher le volume qui devait répondre à mes questions.

Car tel est le point fort de cette série qui est capable de tenir en haleine le lecteur aussi longtemps sans qu’il y ait une seule trace d’essoufflement. Mais voilà, «Monster », c’est fini …jusqu’au prochain épisode !

Une histoire de monstre

Entre filles, on ne se refile pas que des conseils de maquillage ou des commentaires concernant l’élection du plus bel homme du monde. Non, nous parlons aussi BD et encore plus grave, manga, vous savez ces petits albums qui souvent sont remplies de créatures à vous faire damner, messieurs ! Bref, une amie me conseille la lecture de «Monster» de Naoki Urasawa. Devant le titre, j’avoue que ma mine n’est pas très engageante ; je n’aime pas la science-fiction et je ne me vois pas affronter un monstre venant de je ne sais quelle planète, déversant des flots d’hémoglobine tout au long de l’histoire ! Mon amie me rassure en me disant qu’il s’agit d’un monstre humain…ouf ! Qui plus est, le monstre se prénomme Johan, a une dizaine d’années et la blondeur des anges ! Le Docteur Tenma a lui aussi été berné par cette mine angélique et lorsque l’enfant est arrivé aux urgences avec une balle dans la tête, l’éminent neurochirurgien qui devait opérer le maire de la ville souffrant d’une commotion cérébrale, choisit de s’occuper de celui qui a encore le plus de choses à vivre. L’enfant vivra et le maire mourra !

Toutes les vies se valent–elles ?

Le Docteur Tenma perd son travail à la suite de cette décision et surtout du décès du maire, puisque l’hôpital était en partie financé par des fonds municipaux ! Sa fiancée le quittera car elle ne peut accepter la déchéance professionnelle du célèbre médecin. En sauvant le jeune garçon, Tenma a enclenché une machine infernale, car il comprendra vite que cet enfant est devenu quelques années plus tard un redoutable serial-killer. Dès lors, le docteur Tenma ne pense plus qu’à sauver la vie de ceux que Johan pourrait assassiner. Tenma remonte la piste de l’enfance de Johan ; il découvre qu’il faisait partie d’un orphelinat dans lequel les enfants étaient dressés à devenir des monstres n’éprouvant plus aucun sentiment. La sœur jumelle de Johan aide le docteur dans sa difficile entreprise.
En choisissant comme héros principal un personnage scientifique, l’auteur le met face à des problèmes contemporains comme l’éthique du médecin, l’eugénisme ou le rôle de l’éducation dans le devenir d’un enfant.

Un médecin japonais parmi les nazis

Naoki Urasawa a su créer un univers très particulier en posant un personnage japonais, appartenant donc à sa propre culture, dans un lieu géographique typiquement européen. Le personnage du Docteur Tenma est même un hommage à un héros renommé du manga, puisqu’il se réfère au médecin banni Blackjack d’Osamu Tezuka. Le neurochirurgien qui a la même habilité que Blackjack, sans partager son goût pour l’argent, va être confronté au démon toujours vivant qui hante l’Allemagne depuis plus de 70 ans : le nazisme et ses théories raciales.

Comme dans un road-movie, l’auteur fait découvrir au lecteur l’Allemagne romantique, les plaines du Nord, le bas-fond de Francfort, le cœur de Düsseldorf, le vieux Prague avec un souci du détail dans le dessin qui ne peut que le laisser admiratif quand on sait que l’auteur a maintenu cette qualité de dessin pendant plus de 3800 pages. Certains de ces dessins sont si précis qu’on a l’impression d’être en face d’une photo en noir et blanc. Très vite, Tenma découvre que l’affaire Johan intrigue de nombreuses personnes. Sa route sera parsemée de morts et il devra vite en clandestin pour échapper à un policier tenace qui le soupçonne d’être le responsable de ce gâchis en faisant passer le médecin pour un dangereux schizophrène.

En sortant de la librairie avec le tome 18 qui annonçait la fin de l’errance du Docteur Tenma, j’avais un pincement au cœur, me disant que c’était déjà fini. C’est pourquoi j’ai lu le plus lentement possible les dernières pages de cette histoire et là je me suis aperçue que je n’avais pas tout compris, qu’il me faudrait relire la série et surtout que l’auteur, convaincu du fait qu’il tenait un excellent filon ou éprouvant de la compassion pour le lecteur désoeuvré (à vous de choisir !), avait laissé la fin ouverte ou plutôt la fenêtre par laquelle Johan s’est échappé. Et voilà, Monster, c’est reparti !